Interview d'Anne Voileau, Directrice de la revue Être et de la radio Vivre FM

Interview d'Anne Voileau, Directrice de la revue Être et de la radio Vivre FM
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publié le 04 mai 2010

" Valides et handicapés, chacun a des efforts à faire !"


Quelle est la ligne éditoriale de vos médias magazine et radio ?


L'idée c'est d'informer pour aider les gens dans leur parcours. Lorsque nous avons commencé, internet n'existait pas. Notre objectif était donc de sélectionner les informations importantes et de donner la parole à des personnes qui ne s'expriment que très rarement. L'autre idée de ces médias consiste à faire connaître ce qui est positif et intéressant dans le domaine de l'insertion à tous les niveaux. Nous essayons de parler des aspects positifs pour donner davantage envie d'agir.

 

Pourquoi avez-vous créé le Club Être ?


Le Club Etre regroupe 220 chargés de mission handicap des entreprises – plutôt des grands groupes – mais aussi plus récemment du secteur public. Il s'agit d'un lieu de rencontre, mais nous produisons aussi des événements, et des contenus. Par exemple, en 2007, nous avons publié avec l'Agefiph et le FIPHFP un guide des chargés de mission handicap pour les aider à démarrer dans ce nouveau métier. Autrefois, le poste de chargé de mission handicap était un placard ! Maintenant, certains ont pris le taureau par les cornes et ont développé ce métier.


Quelles sont les principales difficultés évoquées par les chargés de mission ?


Sans aucun doute le fait de trouver les personnes handicapées pour les postes disponibles. 80% des personnes ont un handicap acquis au cours de leur vie de travail manuel, leur niveau de formation est donc très bas. Les entreprises cherchent plus haut et ne trouvent pas. D'ailleurs, il n'y a pas de chômage chez les étudiants handicapés à partir de bac +2 ou 3 !

 

Quelles sont les solutions ?


Pour ma part, je me suis tournée vers les gens qui ont des troubles psychiques : ils sont très intelligents, et quand on les remet dans le circuit, ils retrouvent une bonne activité. Les entreprises commencent à voir que ça fonctionne. Et il faut bien distinguer entre les personnes en situation de handicap psychique et celles qui sont en difficulté dans l'entreprise. Quand un salarié est en train de dériver, il n'a généralement aucune structure pour l'aider. Mais pour une personne qui est stabilisée depuis longtemps, ce n'est pas du tout la même chose. Cette population assez jeune est déjà passée par la psychiatrie et se connaît bien. Ceux qui ne sont pas suivis du tout ne connaissent pas leurs forces et leurs faiblesses, ils ont des problèmes à la maison et au bureau et vont disjoncter, c'est ingérable.

 

Constatez-vous une évolution des stéréotypes chez les chefs d'entreprises ?


Les managers ont davantage embauché ces derniers temps, et se sont aperçus que le handicap ne se résume pas au fauteuil. Mais l'évolution concerne aussi les personnes handicapées qui devaient bouger elles aussi. On peut être handicapé et avoir un sale caractère ! Nous avons milité pour les devoirs des personnes handicapées, qui ne doivent pas se cantonner à un rôle d'assisté. ON constate don un rapprochement des deux parties, car chacun a bougé de son côté. Chacun a des efforts à faire, valides et handicapés.