Interview de Laure BRUERE-DAWSON, Responsable de la Mission Handicap, Ernst & Young

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publié le 29 avril 2010

"Nous avons procédé à une revue en profondeur du processus d'achats dans l'entreprise"

"Nous avons procédé à une revue en profondeur du processus d'achats dans l'entreprise"

 

 

Depuis quand la mission handicap existe-t-elle chez Ernst & Young ?


Nous avons créé la mission handicap le 1er juillet 2009, et nous avons signé la convention avec l'Agefiph en mars 2010. Un diagnostic avait été réalisé en fin 2008 par le cabinet TH Conseil à Lyon, dirigé par Guy Tisserand, qui avait mis en évidence que nous étions assez éloignés des objectifs, notamment sur notre effectif de personnes en situation de handicap. Au delà de cet effectif restreint, l'entreprise n'effectuait que peu d’achats auprès des ESAT, ne menait pas de sensibilisation des collaborateurs, ni d'action pour les personnes en situation de handicap. Je suis donc partie de presque zéro, un défi passionnant !

 

Comment avez-vous lancé les actions ?


Avant toute chose, j'ai commencé par me former : le sujet est complexe, tant sur les aspects réglementaires que dans la méthode et le choix des actions. La formation de 4 jours, dispensée par TH Conseil, consistait en une immersion complète dans cet univers. Nous avons abordé ensemble les aspects techniques ainsi que le savoir être. On a beau avoir un esprit ouvert et tolérant, on a toujours des a priori dont on n'a pas conscience, des stéréotypes. Si on ne les met pas à l'épreuve, on ne peut pas s'en exonérer.

 

Quels axes stratégiques avez-vous choisis ?


Nous avons agi parallèlement sur deux sujets. D'une part signer une convention avec l'Agefiph. Nous avons ainsi construit des plans d'actions sur le recrutement, le maintien dans l'emploi, la formation des équipes qui vont s'impliquer, la communication et la sensibilisation des collaborateurs ainsi que les achats. D'autre part, nous avons mis en place des actions concrètes rapidement car nous étions en situation de quota 0 sur certains établissements. Il nous fallait donc agir vite pour sortir du risque de pénalité et montrer notre engagement sur ce sujet.

 

Quelles actions avez-vous déjà menées ?


Nous avons par exemple accueilli dans nos locaux 7 personnes dont 6 provenant de l'association Sotres et une de l'Association des Paralysés de France. Ces personnes effectuent des travaux administratifs pour des missions de 1 à plusieurs mois. Nous avons également mené un travail important sur les achats. Il s'agissait d'abord de déterminer quelle politique achats permettrait de favoriser le handicap. Cette opération impliquait différents services internes. Nous avons ensuite effectué une cartographie des achats : l'imprimerie, la traduction, l'entretien des locaux, les plantes vertes... Tous les domaines pouvant être concernés par le handicap ont été étudiés et revus. Il a fallu également adapter les process pour une meilleure prise en compte comptable de ces achats "spéciaux" qui impliquent des calculs complexes.

 

Avez-vous d'ores et déjà avancé sur le terrain du recrutement ?


Oui, mais c'est le domaine le plus long à mettre en oeuvre car très peu de personnes en situation de handicap sont diplômées des écoles où nous recrutons habituellement. Il a donc fallu élargir notre cible d'écoles et universités pour toucher un plus grand nombre d'étudiants. Nous avons voulu mener des actions complémentaires auprès des étudiants. La campagne Handivalides, menée par l'association Starting-Block, dans une quarantaine d'écoles et universités nous permet de contribuer à sensibiliser les étudiants et de leur faire connaître notre ouverture au handicap.