“C’est avant tout un film sur un adolescent comme les autres, un gamin qui a envie de vivre“

Nils Tavernier, Réalisateur
publié le 18 mars 2014
Après Aurore, en 2006, le réalisateur Nils Tavernier sort un deuxième long-métrage “De toute nos forces”, avec Jacques Gamblin, Alexandra Lamy, et Fabien Héraud. S’intéressant depuis de nombreuses années aux infirmes moteurs cérébraux, Nils tavernier nous propose une fiction sur le quotidien d’une famille confrontée au handicap. Un nouveau film touchant qui aborde le sujet du handicap avec beaucoup de pudeur et plein d’espoir. La rédaction de MissionHandicap.com a voulu en savoir un peu plus et a interviewé le réalisateur.

D’où est venue l’idée de réaliser un film sur le handicap ?
 
Je travaille depuis plus de vingt ans sur le thème de l’exclusion et sur la place de l’enfant dans la société. Ce sont des sujets qui me tiennent à cœur. J’ai également travaillé pendant deux ans auprès d’enfants atteints de pathologies lourdes, au service neurologique de l’hôpital Necker, à Paris. J’ai tenté notamment de comprendre comment les familles percevaient l’annonce de la nouvelle.
 
Mais pour moi “De toutes nos forces” n’est pas un film sur le handicap, d’ailleurs j’apprécie énormément les commentaires des gens rencontré, lors des avant-premières, qui me disent : “ finalement, on oublie le handicap“. C’est avant tout un film sur un adolescent comme les autres, un gamin qui a envie de vivre. J’aime beaucoup cette phrase de Fabien Héraud, qui joue le rôle de julien : “je suis une personne handicapée, mais d’abord une personne“.
 
 Au départ le film s’intitulait “L’épreuve d’une vie“ pourquoi avez vous changé le titre ?
 
Le titre “L’épreuve d’une vie“ était trop réducteur pour moi. Avoir un enfant handicapé est difficile, mais ce n’est pas forcément une épreuve pour toute une vie. Je voulais faire un film positif.
 
Le film s’inspire d’une histoire vraie et notamment d’une famille américaine,  pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
 
Je me suis inspiré de l’exploit sportif de cette famille américaine, les Hoyt, notamment pour la course Ironman. Mais le film s’inspire surtout de toutes les familles que j’ai pu rencontrer dans ma vie.
 
On a l’impression que vous avez privilégié les scènes d’actions au dialogue entre le père et le fils ?
 
Oui, je voulais des scènes d’émotions où tout passe par le regard. Je voulais faire un film pudique, je n’avais pas envie de réaliser un film explicatif. Comprendre ce qui se passe à travers le regard, j’aime bien lorsqu’on ressent les émotions à travers les images. Je travaille depuis des années sur la réalisation de documentaires où il y a pas mal de commentaires, je pense que ce n’est pas forcément nécessaire, il faut laisser le spectateur comprendre de lui-même.
 
Les acteurs ont-ils été doublés pour les scènes d’entrainements ?
 
Jacques n’a pas voulu être doublé, notamment par respect pour Fabien. Jacques est un danseur et un acteur, il a une approche des rôles par le corps. Il n’a pas souhaité également avoir une réflexion sur le handicap, c’était avant tout pour lui un rôle de père, à l’écoute de son fils. Il s’est immédiatement senti responsable de fabien.
 
On remarque également une certaine recherche au niveau de la musique, notamment sur les scènes d’entrainements entre le père et le fils, comment avez vous choisi la bande originale du film ?
 
Je ne voulais pas d’une musique larmoyante et démonstrative, je voulais une musique intime, qui surligne les sentiments. Je voulais un film à grand spectacle où l’on part d’une histoire intime à une épopée. Pour la musique j’ai fait appel à Bardi Johannsson, un producteur islandais, j’ai mis huit mois pour le trouver et il a fallu quatre mois de travail.
 
On a souvent tendance à penser qu’une personne handicapée est forcément en fauteuil roulant, alors que 80% des handicaps sont invisibles, n’avez vous pas peur que votre film véhicule ce stéréotype ?
 
Non je ne pense pas. Ce film raconte une histoire d’amour, dont l’énergie vient de l’enfant. Mon personnage n’est pas un représentant du handicap, prétendre cela, c’est stigmatiser les personnes  handicapées. Les gens qui ont ce genre de discours sont indécents.
 
Pourquoi  ne pas avoir choisi un acteur pour le rôle de Julien ?
 
Je voulais faire un film sur un jeune atteint d’un handicap moteur. Prendre un acteur aurait été pour moi un manque de respect. Il fallait que j’accepte cette différence au sein de mon travail. Fabien nous a énormément apporté sur le plateau pendant cinq mois.
 
Comment s’est déroulé le casting ?
 
Nous avons sélectionné 180 établissements et j’en ai également visité quelques-uns. Pour le casting je demandais aux jeunes de m’envoyer un clip vidéo. J’ai reçu celle de Fabien, qu’il a réalisé sans le dire à ses parents et j’ai immédiatement aimé son visage et ses expressions. Nous avons ensuite fait trois ou quatre essais, puis nous l’avons coaché pendant quatre mois pour qu’il apprenne le métier d’acteur.
 
Selon vous, le métier d’acteur est-il compatible avec le handicap ?
 
Oui, c’est tout a fait compatible, même si cela est difficile. Mais la vie en générale est compliquée, chercher un travail c’est difficile. Je pense que le fait de se poser la question est faire preuve d’a priori.
 
Oui, mais les  personnes handicapées font souvent preuve d’autocensure…
 
L’autocensure n’appartient pas au handicap, il faut se battre pour être heureux, même si c’est plus difficile pour certaines personnes. Je connais des gens qui s’autocensurent alors qu’ils ont tout pour être heureux.
 
Quel film abordant le sujet du handicap vous a le plus marqué ?
 
Sans hésitation, “Le huitième jour“ de Jaco Van Dormael sorti en 1996, c’est un film très bien écrit. Le scénario est formidable.

Propos recueillis par Olivier Angelini  


De toutes nos forces
Réalisé en 2013 par 
  
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Date de sortie : 26 mars 2014