“ Le handicap est une réalité ordinaire de la vie “ Patrick Gohet
Président du, CNCPH
Malgré la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » de Février 2005, les entreprises peinent à embaucher, les raisons ? Un manque de candidats, mais aussi la peur de perdre en compétitivité. Pour mieux comprendre la situation, Patrick Gohet, Président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, (CNCPH) nous apporte quelques explications.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?
Pendant 15 ans j’ai été directeur général de l’Unapei (L'Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis). Entre 2002 et 2009 j’ai exercé la fonction de délégué à La DIPH (Délégation interministérielle aux personnes handicapées), une période de profonde rénovation de la législation des travailleurs handicapés.
Aujourd’hui, je suis Inspecteur Général des Affaires Sociales et Président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées (CNCPH).
En tant que président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, pouvez-vous nous décrire vos principales missions ?
Le Conseil National Consultatif des Personnes handicapées (CNCPH) est une instance nationale placée auprès des ministres en charge de la politique du handicap. Une fois par mois nous organisons une réunion avec un ordre du jour précis. Tous les thèmes sont abordés : l’éducation, la scolarité, l’accessibilité, les MDPH, la formation, l’emploi, la santé, la vie à domicile, etc.
le CNCPH comporte les représentants de 73 structures : les associations de parent d’enfants handicapés, les organismes gestionnaires d’établissement (Foyer, ESAT), les syndicats, les associations des collectivités locales, toutes les caisses de protection sociale, les organismes de recherche, des institutions comme la croix rouge, la mutualité etc.
Chaque fois que le gouvernement prend un décret concernant la politique du handicap, il demande l’avis du CNCPH. La commission de travail compétente examine le projet et formule une proposition d’avis que le Conseil discute et adopte. Son objectif est de formuler des propositions pour l'améliorer.
Pourquoi malgré la loi de février 2005, certaines entreprises ne respectent pas le quota de 6 % de salariés handicapés ?
Les entreprises, publiques et privées ont franchi d’importants progrès, mais elles n’ont pas encore toutes intégré les spécificités du “Handicap“ . L’image du salarié en situation de handicap est encore trop négative. C’est une question de représentation culturelle et sociétale de la question du handicap.
Les entreprises qui font l’effort d’embaucher des personnes en situation de handicap se rendent compte que cette image n’est pas fondée et qu’un travailleur handicapé peut apporter de la valeur ajouté à l’entreprise.
La situation a progressé trop lentement par rapport à la loi en faveur de l’insertion professionnelle de personnes handicapées, qui date de 1987, et qui a été complétée en 2005.
Pensez-vous qu’il faille augmenter les pénalités ?
Dans ce contexte, le mot pénalité signifie que les entreprises qui ne respectent pas le quota versent une contribution à un fonds, l’Agefiph. Ces pénalités permettent tout de même de développer l’emploi.
Le handicap est une réalité anxiogène, l’objectif est de convaincre qu’un salarié en situation de handicap développe des compétences au sein de l’entreprise. Nous devons continuer de motiver et de sensibiliser les entreprises avant de parler de pénalisation.Pour atteindre notre objectif il faut, dans un premier temps, mettre en avant les témoignages des réussites, montrer les résultats positifs.
Dans un second temps, il nous faut rattraper notre retard dans la formation des travailleurs handicapés et, ainsi, chasser l’idée que le travailleur handicapé n’est pas capable d’exercer une activité professionnelle.
De nombreuses associations représentatives des personnes handicapées estiment que le bilan de la loi de 2005 est mitigé, qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est la mise en œuvre de la loi qui est contestée, pas la loi en elle-même. Actuellement, nous sommes à 60% de sa mise en application mais nous progressons de jour en jour. Nous devons continuer à travailler pour faire évoluer les mentalités.
Que doit faire le gouvernement pour améliorer l’accès à l’emploi des personnes handicapées ?
Sensibiliser d’avantage les entreprises, créer des formations adaptées aux personnes handicapées, améliorer l’accessibilité des lieux publics et surtout rendre les entreprises accessibles aux salariés handicapés. Cela permettra d’augmenter les taux de recrutement. L’objectif est l’accessibilité pour tous avant 2015.
Avec internet, de nouveaux métiers émergent depuis quelques années, pensez-vous que l’accessibilité au web doit être une des priorités du gouvernement ?
Oui tout à fait, nous ne devons pas prendre du retard, nous devons utiliser le numérique comme un moyen d’accessibilité pour les personnes handicapées. A chaque fois que nous mettons en place un projet concret, quelque soit le domaine, il faut se préoccuper du handicap. Le handicap est une réalité ordinaire de la vie.
Propos recueillie par Olivier Angelini



