Michel Barbier, président de l'Association des Paralysés de France (APF) s'exprime sur le thème de l'emploi des personnes handicapées
"Malgré les discours, nous sommes encore dans une logique de préjugés"
Michel Barbier, président de l'Association des Paralysés de France (APF) : "Malgré les discours, nous sommes encore dans une logique de préjugés"
Quel est le domaine d'intervention de l'APF ?
L'association des Paralysés de France existe depuis 1933. C'est à la fois un mouvement revendicatif et une association de gestion de services et d'établissements médico-sociaux. Mais nous ne faisons pas de placement en milieu ordinaire. Nous siégeons au sein des collèges association du FIPHP et de l'Agefiph. Nous voulons être au cœur de ces dispositifs majeurs pour favoriser l'emploi des personnes handicapées. Et nous menons de nombreuses actions, dont vous trouverez le fil quotidien sur notre blog Réflexe Handicap http://www.reflexe-handicap.org
Quelle est la situation des personnes handicapées en terme d'emploi ?
Partons d'un constat objectif : officiellement, les personnes handicapées sont deux fois plus nombreuses que les personnes valides à chercher un emploi. En réalité, ce chiffre est largement sous estimé car on oublie l'ensemble des personnes qui sont très éloignées de l'emploi, alors qu'elles pourraient très bien travailler, mais sont au chômage depuis trop longtemps. On ne compte donc que les 250 000 personnes inscrites à Pôle Emploi. Au total, sur les 850 000 allocataires, la moitié sont censées être capables de travailler. La question est donc de déterminer quelle politique de l'emploi on essaye de mettre en oeuvre pour que le taux d'emploi des deux populations soit le même.
Quelles sont vos revendications dans ce domaine ?
Le premier sujet concerne la formation, qui constitue un des principaux freins à l'emploi. 80% des personnes handicapées sont de niveau CAP BEP, alors que les emplois sédentaires requièrent des qualifications bien supérieures. Tant que la scolarité ordinaire ne sera pas davantage ouverte aux handicapés, on n'y arrivera pas. Les grandes écoles sont accessibles depuis très peu de temps !
Quels sont les autres freins à l'emploi des personnes handicapées ?
Malgré les discours, nous sommes encore dans une logique de préjugés. On constate qu'un grand nombre d'entreprises aimeraient bien trouver le salarié handicapé doté d'une bonne formation et surtout qui ne pose pas de réel problème de handicap – qui n'impose pas d'agrandir les toilettes, qui ne pose pas de problème d'accessibilité des locaux, ni ne présente de trouble du comportement ! Pourtant l'Agefiph est là pour les aider à résoudre ces problèmes. Mais il subsiste une sorte de blocage psychologique. Les dispositifs sont connus mais apparaissent comme des difficultés supplémentaires.
La loi de 2005 entrée en vigueur depuis janvier 2010 n'a-t-elle pas amélioré la situation ?
C'est vrai, la loi est plus contraignante. Paradoxalement, malgré la crise, les entreprises qui ont une politique vis à vis des personnes handicapées ne les licencient pas. Leur taux de chômage augmente donc moins que celui des personnes valides. La loi permet d'améliorer la situation petit à petit, mais les dispositifs à mettre en place sont relativement complexes pour les entreprises, qui se sont réveillées 15 jours avant la date fatidique alors que la loi est promulguée depuis 5 ans !
Et le signal envoyé par la CGPME est extrêmement négatif : elle a obtenu un report de 6 mois pour les sanctions à l'encontre des entreprises à quota zéro. Depuis un an, l'Agefiph avait recensé et mené des actions à l'attention des 28 000 entreprises contrevenantes. Il n'en reste que 6 000 qui n'ont rien fait. Le report récompense les plus mauvais élèves !
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